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🥗 Gastronomie · Végé

Manger végétarien (ou vegan) en voyage, sans galérer

I
Par Inès · 14 juin 2026 · 8 min de lecture
Assiette végétarienne colorée et appétissante, façon thali aux petits plats variés, en lumière naturelle

Je suis végétarienne depuis des années, et je voyage pour vivre, alors on me pose tout le temps la question : ce n'est pas un cauchemar de manger sans viande en vadrouille ? Honnêtement ? Non. C'est parfois un casse-tête, rarement un vrai problème, et dans certains pays c'est la meilleure cuisine de ta vie. L'astuce, c'est d'arrêter d'attendre que chaque endroit raisonne comme un café occidental avec sa jolie petite icône feuille sur la carte, et de rejoindre chaque cuisine là où elle vit vraiment.

Alors voici la carte honnête — les cuisines où être végé (ou vegan) est un pur bonheur, celles où il faut lire la salle et poser les bonnes questions, les phrases qui te font comprendre, et les pièges sournois qui coincent même les plus prudents. Sans prêchi-prêcha, sans morale, juste ce que j'ai appris en mangeant un peu partout.

Les endroits où c'est un festin

L'Inde, c'est la terre mère. Elle a la tradition végétarienne la plus profonde et la plus ancienne du monde, et une part énorme du pays mange sans viande par défaut — donc être végé n'est pas une requête spéciale, c'est juste le dîner. Un thali te tend toute une constellation de petits plats d'un coup : dal, sabzi, riz, pains, caillé, pickle. Un dosa croustillant avec son sambar et son chutney de coco est l'un des grands petits-déjeuners de la planète. Un vrai bémol pour les vegans : beaucoup de cuisine indienne s'appuie sur le lait — ghee (beurre clarifié), paneer, caillé, douceurs lactées — donc si tu es strict, il faudra quand même demander. Le mot qui te sauve, c'est shuddh shakahari (pur végétarien), et beaucoup d'adresses l'affichent fièrement.

L'Asie bouddhiste, c'est l'autre paradis discret. De la Chine à Taïwan, de la Thaïlande au Vietnam, il existe toute une tradition de cuisine de temple — cherche zhai (斋) dans les pays sinophones ou jay (เจ) en Thaïlande. Une cuisine jay est en général entièrement vegan, ni viande ni poisson, souvent sans alliacés piquants non plus, et les drapeaux orange qui signalent le Festival végétarien thaïlandais rendent des quartiers entiers sans viande pendant des jours. La Méditerranée, c'est le terrain de jeu facile et joyeux : tables de mezze, houmous, baba ganoush, falafels, dolmas, fattoush, toutes ces légumineuses mijotées — une culture qui a toujours traité légumes et légumineuses comme le plat principal, pas comme le lot de consolation.

« Les jours de jeûne en Éthiopie m'ont offert, sans le faire exprès, le meilleur repas vegan de ma vie. »

Et puis l'Éthiopie, qui m'a le plus surprise. Le calendrier chrétien orthodoxe compte de nombreux jours de jeûne où la nourriture est, par définition, entièrement vegan — et l'assiette de jeûne, le beyaynetu, explose de couleurs : de l'injera moelleuse et acidulée garnie d'une dizaine de petits wats, lentilles épicées, pois cassés, légumes verts, betterave. Demande du ye-tsom (nourriture de jeûne) et te voilà servie. La connexion gagne ici sa place de la façon la moins glamour : quand je suis quelque part dont je ne parle pas la langue, une recherche rapide des mots locaux pour « nourriture de jeûne » ou « pur végé », ou l'ouverture d'une carte vers une adresse qu'on m'a jurée, fait toute la différence entre un déjeuner glorieux et un triste paquet de chips.

Les endroits où l'on ruse un peu

Maintenant la partie honnête : ce n'est pas uniforme. Certaines cultures culinaires sont bâties autour de la viande et du poisson, et ce n'est pas un défaut, c'est leur culture — ton boulot, c'est de naviguer avec élégance, pas de juger. Les vrais saboteurs sont les invisibles. La sauce poisson (nuoc-mâm au Vietnam, nam pla en Thaïlande) et la pâte de crevette se cachent dans des plats qui semblent 100 % végétaux — une salade de papaye verte ou un bol de soupe de nouilles peuvent être discrètement construits dessus. Le bouillon de viande ou de poule se planque dans les soupes, sauces et riz un peu partout. Le saindoux se glisse dans les haricots refritos, les pâtisseries et les tortillas dans certaines régions d'Amérique latine. Et la gélatine — d'origine animale — surgit dans les gelées, les bonbons, certains yaourts et desserts. Rien de dramatique ; il suffit de savoir que c'est là et de poser une question de plus.

C'est là qu'un peu de préparation te rend imbattable. Apprends les phrases qui comptent dans la langue locale : « sans viande, sans poisson », « sans sauce poisson », « est-ce qu'il y a du bouillon de viande là-dedans ? ». Garde-les en captures d'écran pour qu'elles marchent même sans réseau. Une carte de restriction imprimée ou à l'écran — il existe de petites applis qui les génèrent dans des dizaines de langues — fait le gros du travail dans une cuisine bruyante, bien mieux que ma prononciation massacrée. Et les applis de traduction me laissent décoder une étiquette dans une épicerie en quelques secondes : c'est comme ça que j'évite le bonbon à la gélatine et que je déniche le yaourt au soja.

Ce qui rend les choses simples

Trois habitudes, en vrai. D'abord, va par défaut vers les cuisines déjà de ton côté — dans le doute, trouve l'adresse indienne, moyen-orientale ou végé-bouddhiste, et tu mangeras comme une reine. Ensuite, demande avec le sourire et zéro arrogance ; « je ne mange ni viande ni poisson, qu'est-ce que vous me conseillez ? » ouvre bien plus de portes qu'une liste d'exigences, et les cuisiniers adorent sincèrement relever le défi. Enfin, garde un fil de data pour traduire sur place, lire les étiquettes, repérer les bonnes adresses végé et vérifier une carte avant de t'engager. Rien de tout ça ne demande d'être branchée toute la journée — c'est la recherche de trente secondes, de temps en temps, qui efface discrètement les frictions.

📶 Le conseil d'Inès

Prépare un petit « kit de survie » avant de partir : les phrases « sans viande / sans poisson / sans sauce poisson » dans la langue locale en captures d'écran, plus une appli de carte de restriction pour les cuisines délicates. Ensuite garde juste assez de data pour traduire les étiquettes et dénicher les pépites végé en chemin. Vérifie la compatibilité de ton téléphone en 30 secondes ici et trouve ton forfait sur la page destinations (dans l'UE/EEE le roam-like-at-home s'applique ; ailleurs, une eSIM locale te garde la carte, la traduction et le partage).

Ce qu'il faut retenir

Manger végé ou vegan en voyage n'est pas un sacrifice à endurer — en Inde, autour de la Méditerranée, en Asie bouddhiste, sur une assiette de jeûne éthiopienne, c'est un sommet du voyage. Apprends les cuisines qui t'aiment déjà, pose la bonne question là où ce n'est pas le cas, guette le bouillon caché et la sauce poisson, et laisse ton téléphone gérer la traduction quand la langue te lâche. Voyage le ventre creux, voyage curieuse, et laisse les légumes te surprendre.

— Inès, qui n'a jamais eu faim une seule fois, juste parfois dû demander deux fois.

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